Engagement local : les Laboratoires Phyt’s et la Lavande lotoise

Anne-Laure CANCES

Responsable des cultures et phytofilières

Le 13 août 2020

Anne-Laure Cances est une ingénieure agronome d’origine lotoise qui, après s’être spécialisée en agronomie tropicale, a fait un retour à ses racines. 

Recrutée par les Laboratoires Phyt’s en 2019, elle a pour rôle de mettre en relation le monde agricole et le monde industriel. Son objectif est de développer des partenariats avec des agriculteurs locaux pour amplifier les filières d’approvisionnement. 

La collaboration avec la ferme des Alix, à Rocamadour, pour la production de la Lavande du Quercy, est un joli exemple d’engagement local qu’elle évoque ici. 

Parlez-nous de cette ferme des Alix qui, jusqu’en 2014, était principalement orientée vers l’élevage des moutons. 

C’est l’histoire d’une renaissance. En effet, on retrouve la Lavande dans notre région dès les années 1920, période où elle a été introduite par un Cadurcien passionné. Le Quercy est alors devenu une région fortement productrice de Lavande : on y a recensé, en 1950, jusqu’à 200 producteurs autour de Martel, 500 hectares et 12 distilleries ! Cette culture a permis d’améliorer le revenu des agriculteurs du Causse.

Hélas, cette production a été interrompue dans les années 1970 à la suite de la chute du cours de l’huile essentielle : entre l’absence de prix rémunérateurs et le monopole de la Provence, la ferme familiale des Alix, comme beaucoup d’autres agriculteurs, arrête la production de lavande pour se concentrer sur d’autres productions comme l’élevage ovin.

Dans les années 2000, sur les terres pauvres du parc naturel des Causses du Quercy, les agriculteurs doivent faire preuve de créativité. En 2013, la famille Soulayres, dont le père était un ancien producteur de Lavande, décide de faire un pari et de renouer avec la culture de cette plante : ils bouturent des plants sur d’anciennes plantations dans le parc naturel des Causses du Quercy et testent leur mise en culture. L’ensoleillement, le milieu calcaire et karstique sont favorables à la culture de cette plante aromatique et les premiers essais sont concluants. Petit à petit, ils trouvent les techniques adaptées aux parcelles lotoises.

Aujourd’hui, nous pouvons dire que le pari, certes risqué, est réussi : ils cultivent 16 hectares de lavande, ils possèdent leur propre alambic et réalisent eux-mêmes la distillation. Leur production est certifiée agriculture biologique, de la graine à l’huile essentielle, et leur initiative a fait des petits puisque, aujourd’hui, de nombreux éleveurs du Causse envisagent de se diversifier avec les PPAM (plantes à parfum aromatiques et médicinales).

Pourquoi préférer cette Lavande à la Lavande provençale ?

La ferme est située à 60 km de Cahors, où se trouvent les usines de fabrication des Laboratoires Phyt’s. Je pense donc que l’élément déclenchant, c’est bien sûr la proximité et l’envie de participer sur notre territoire à cette renaissance d’une filière disparue, sans parler du bilan carbone.

Mais au-delà de cet engagement local, cette culture représente pour nous une garantie de nous approvisionner en huile essentielle de qualité, 100 % pure et naturelle, bio et complète. Les agriculteurs ont acquis en quelques années une technicité qui leur permet de garantir une huile essentielle bio dont la qualité est exceptionnelle et n’a rien à envier aux huiles essentielles provençales. Ils pratiquent notamment une distillation complète qui nous assure la totalité des essences de la plante, y compris les molécules les plus difficiles à extraire.

Une filière courte apporte aussi la garantie d’une traçabilité totale. Nous pouvons nous déplacer dans les champs, échanger avec les agriculteurs et nous assurer à tout moment d’avoir les meilleurs produits dans nos cosmétiques, sans ajout de conservateurs ou d’huiles.

Il s’agit également d’apporter une sécurité sanitaire. La plante produit naturellement des allergènes. Si une matière première n’est pas conforme à un usage cosmétique, nous aidons les agriculteurs à comprendre pourquoi et à faire en sorte que cela ne reproduise pas (choix des variétés, pratiques culturales…). L’engagement local, c’est aussi pour nous une sécurité en matière d’approvisionnement : les agriculteurs ont continué de nous livrer pendant la période particulière que nous venons de traverser.

 

Ce partenariat nous permet aussi de promouvoir une agriculture durable, sans pesticide ni OGM et le bio, chez les Laboratoires Phyt’s, ce n’est même plus une priorité, c’est notre ADN depuis l’origine de la marque. Enfin, il nous permet de participer au développement et à la préservation de notre territoire, des valeurs auxquelles nous sommes attachés.

Et dans quelle mesure ce partenariat et cet engagement local profitent-ils aux agriculteurs ? 

Nous mettons en place un partenariat de longue durée : dans ce contrat de quatre ans renouvelable, Phyt’s s’engage sur un prix et un volume minimaux. Cela rassure les agriculteurs, car lorsqu’ils plantent des cultures, celles-ci vont mettre quelques années à produire sans qu’ils aient une garantie en ce qui concerne le débouché. Autrement dit, grâce à ce partenariat, ils sont assurés de la commercialisation à moyen terme et cela leur permet de sécuriser une partie de leur revenu.

Cette rémunération est juste et équitable. Elle a été établie en concertation avec les agriculteurs.

Par ailleurs, comme je vous l’ai dit, nous les accompagnons également dans leurs recherches qualitatives mais aussi sur le plan réglementaire. C’est mon rôle de mettre en conformité leur production face au Règlement cosmétique afin qu’ils puissent se concentrer sur les problématiques liées à la culture.

Sur le plan technique, nous les orientons actuellement vers la mise en place de nouvelles cultures aromatiques adaptées au terroir (thym, romarin…), ce qui leur permet de valoriser leur alambic et d’élargir la période de distillation. Nous avons également œuvré pour valoriser leur eau florale (ou hydrolat). Cette eau, c’est l’eau qui a servi à la distillation et qui s’est chargée en essences de la plante mais dans une concentration moindre. Cette eau florale est généralement jetée par les agriculteurs, mais nous avons trouvé collectivement des solutions pour pouvoir la stabiliser et l’utiliser dans nos produits.

Enfin, parce que nous sommes persuadés que les PPAM sont une des solutions pour l’avenir des exploitations diversifiées et familiales de notre territoire, les Laboratoires Phyt’s sont adhérents depuis sa création à l’association « Quercy PPAM » : nous y présentons les plantes dont nous avons besoin et nous multiplions les échanges dans le but de nous organiser tous ensemble, collectivement, pour la commercialisation et les aspects techniques. 

À quoi sert la Lavande en cosmétique ? 

Elle est employée pour ses vertus relaxantes, comme dans notre escapade sensorielle dédiée. Elle favorise également la régénération des cellules. Elle est donc présente aussi bien dans notre gamme anti-âge Aromalliance que dans notre gamme Pureté qui cible les peaux grasses à tendance acnéique.

Peu allergène, elle convient à la plupart des types de peaux. Enfin, ses propriétés bactéricides et bactériostatiques puissantes en font un incroyable conservateur naturel.

Nous sommes donc ravis d’envisager, grâce à ce partenariat, une véritable autonomie qui nous mettra à l’abri de toutes les crises sanitaires que l’on voit se multiplier ces dernières années à mesure que la distance s’allonge entre producteurs de matières premières et laboratoires. Nous espérons d’ailleurs pouvoir vous reparler bientôt de la petite ferme qui devrait voir le jour au sein même des Laboratoires Phyt’s et où nous devrions planter bientôt nos premiers noisetiers ! 

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